Qatar 2022 : de nouvelles révélations montrent que l’exploitation des travailleurs immigrés continue – Le Globe France '

Qatar 2022 : de nouvelles révélations montrent que l’exploitation des travailleurs immigrés continue

Les abominables conditions dans lesquelles travaillent les ouvriers sur les chantiers de la Coupe du monde 2022 au Qatar font de nouveau la une des journaux. Les récentes révélations, choquantes, viennent s’ajouter aux irrégularités qui entourent l’attribution de la compétition au petit émirat.

La mise en garde à vue, la semaine dernière, de l’ancien président de l’UEFA Michel Platini est venue nous rappeler combien le vote qui a conduit le minuscule État du Golfe à organiser la plus prestigieuse des compétitions sportives, malgré son climat inadéquat et ses infrastructures manquantes, est controversé. Depuis 2011, année de l’annonce du résultat, plus de la moitié des 22 membres du jury ont été accusés de corruption.

La nouvelle enquête vient confirmer ce que l’on savait déjà : les travailleurs immigrés continuent d’être victimes d’abus, ce qui a même permis au Qatar de terminer ses chantiers en avance. Les salaires ne dépassent pas 80 centimes de l’heure, les passeports sont confisqués, se syndiquer est impossible et les normes sanitaires et sécuritaires sont bafouées.

Ces conditions de travail, moyenâgeuses, confirment les risques liés à l’organisation de la compétition par un pays dont le bilan en matière de droits de l’homme est plus que médiocre. Il est estimé que, si l’on organisait une minute de silence pour chaque travailleur tué jusqu’à présent, les 44 premiers matches de la Coupe du monde 2022 devraient se dérouler en silence.

Les pressions exercées sur le pays pour améliorer les conditions de travail et les droits de milliers de népalais, philippins, pakistanais et autres ont conduit à des promesses de réforme largement communiquées. Mais les récentes révélations prouvent que celles-ci n’existent que sur le papier.

Au cours des dernières années, les journalistes qui cherchaient à couvrir le sujet étaient accompagnés par les autorités lors de tours soigneusement préparés et complétement biaisés, pendant lesquels ne pouvaient être interviewes que certains employés, qui ne se risquaient pas à s’éloigner de la ligne officielle.

Mais une enquête en caméra cachée réalisée par la radio publique allemande WDR sortie le 6 Juin nous confronte à la triste réalité. Non seulement les travailleurs immigrés népalais ne perçoivent plus leurs salaires depuis des mois, mais ils mangent et boivent pauvrement, et vivent dans des lieux de fortune. 8 travailleurs partagent une sombre chambre s’assimilant à un placard, et 200 partagent une toilette.

Dans des entretiens en caméra cachée, ils nous disent leur quotidien : « Nous sommes comme emprisonnés. Nous vivons d’eau et de pain, nous ne pouvons nous permettre rien d’autre. » Le manque de revenus affecte également leurs familles, qui dépendent souvent de ces salaires pour leur survie. « Parfois, je me demande s’il ne pas serait préférable d’être mort. » va même jusqu’à confier l’un d’eux. Aussi, les ouvriers confirment que leurs passeports leur sont toujours confisqués, faisant d’eux de véritables captifs.

Finalement, l’enquête montre qu’en dépit de certaines améliorations, peu de choses ont changé depuis qu’en 2014 le gouvernement qatari a annoncé son intention de réformer le système de Kafala.

À la lumière de ces révélations, la Commission Philippine des Droits de l’Homme et la Commission Népalaise des Droits de l’Homme ont déjà annoncé leur intention de coopérer pour protéger leurs citoyens travaillant au Qatar. Le président de la première, Chito Gascon, a déclaré que le Qatar s’était « finalement engagé à respecter les normes internationales », mais a ajouté vouloir « travailler très étroitement avec nos ambassades respectives pour veiller à ce que le gouvernement qatari règle rapidement toutes les questions relatives aux droits des travailleurs. »

Les rumeurs selon lesquelles la Coupe du monde pourrait être retirée au Qatar fusent sur les réseaux sociaux, aussi improbable que cela puisse paraitre. Quoi qu’il en soit, la pression s’accroit sur la FIFA pour qu’elle s’attaque aux abus dont sont victimes les travailleurs dans le pays.


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