Espagne : conditions de vie “déplorables” pour les travailleurs étrangers agricoles

Les travailleurs étrangers qui récoltent des fruits et légumes dans les champs espagnols vivent dans des conditions “déplorables”, alerte l’ONU. “On vit comme des animaux”, déclare de son côté Seydou, un Sénégalais de 28 ans qui travaille depuis quatre ans dans les serres du sud du pays.

Les autorités espagnoles doivent “immédiatement améliorer les conditions de vie déplorables des travailleurs migrants saisonniers, avant que les gens ne meurent”, a déclaré vendredi 24 juillet un expert du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, Olivier de Schutter.

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En juin déjà, ce même expert avait déjà appelé Madrid à assurer un accès aux soins aux travailleurs saisonniers. Mais “un mois plus tard, la situation se dégrade de façon alarmante jour après jour”, a-t-il insisté.

“Si vous ne récoltez pas le nombre de kilos voulu, on vous punit”

L’Espagne est l’un des premiers producteurs européens de fruits et légumes. Dans les champs de la région de Huelva (sud du pays), de nombreux travailleurs sont des immigrés ou des sans-papiers qui récoltent les produits dans des conditions “misérables”, insiste Seydou Diop, un Sénégalais de 28 ans joint par InfoMigrants. “La majorité des entreprises nous exploitent, elles n’appliquent pas les droits des travailleurs : on ne nous respecte pas, on nous presse pour récolter plus vite, on est payé une misère”, détaille le jeune homme qui travaille depuis quatre ans dans l’agriculture.

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Selon le Sénégalais, qui a obtenu un titre de séjour en février, les accidents de travail sont courants. “Pour récupérer des oranges dans les arbres, on doit monter sur une échelle défaillante. Beaucoup tombent et se blessent. Le sac d’oranges à la fin de la récolte pèse environ 25kg, c’est très lourd et certains ont du mal à le porter”, explique Seydou Diop, également membre de l’association des nouveaux citoyens pour l’interculturalité (Asnuci).

Dans une interview donnée à la chaîne de télévision Euronews, le représentant du Syndicat andalou des travailleurs (SAT), José Antonio Brazo, explique que ceux qui ne sont pas assez productifs peuvent être punis. “C’est le Moyen-Âge ! Si vous ne récoltez pas le nombre de kilos voulu, on vous punit : vous restez un, deux ou trois jours sans travailler et sans être payé, donc ces jours là, vous ne ramenez pas d’argent”, raconte le militant.

Pas d’accès à l’eau, ni à l’électricité

Les conditions de vie des travailleurs dans des bidonvilles de la région andalouse sont également pointées du doigt. Des centaines de migrants dorment dans des abris de fortune faits de palettes, de contreplaqué et de plastique récupérés dans les serres. Les habitants n’ont accès ni à l’eau, ni à l’électricité. “On vit comme des animaux. Mais tout ceci n’est pas nouveau, ça fait plus de 20 ans que ça dure”, souffle Seydou Diop.

Un abri de fortune dans un camp informel de la région d'Almería, en 2018. Crédit : InfoMigrantsMi-juillet, trois incendies se sont déclenchés en l’espace de quelques jours dans ces camps informels du sud de l’Espagne. Depuis, une centaine de migrants dorment dans la rue, devant la mairie de la ville de Leppe, pour réclamer un logement digne et “revendiquer leurs droits”.

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D’autant que ces travailleurs immigrés n’ont pas cessé la récolte pendant le confinement lié à la pandémie de coronavirus et ont permis à la population de se nourrir. “Le chef du gouvernement a déclaré au début de la crise sanitaire qu’il ne laisserait personne sur le côté. Mais les mesures prises pour protéger la population ne concernent que les Espagnols. Les politiques ne se préoccupent pas de nos conditions de vie et de travail”, estime le Sénégalais.

Après les critiques répétées de l’ONU qui redoute une flambée des cas de coronavirus chez les travailleurs immigrés, l’Espagne a finalement réagi en annonçant samedi l’envoi de soldats dans le sud du pays afin de trouver un lieu pour y construire un camp.


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