Pauvreté, tâches parentales, promotions : le prix payé par les femmes à la crise du Covid-19

Le choc économique provoqué par la crise sanitaire affecte davantage les femmes que les hommes. Confinement, partage des tâches au sein du foyer et garde d’enfants ont eu un effet sur leur carrière. Leur taux de chômage est à la hausse.

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Surreprésentées dans les professions médicales, les femmes ont été en première ligne dans le combat contre la pandémie de Covid-19. Mais parce qu’elles occupent des emplois plus précaires que les hommes, elles sont aussi les premières à pâtir du choc économique provoqué par la crise sanitaire.

La pandémie pourrait compromettre les progrès réalisés au cours des trois dernières décennies pour réduire leur écart économique avec les hommes, alertait mardi 21 juillet la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, dans une tribune cosigné avec trois hauts responsables du FMI.

Les statistiques d’Eurostat pour le mois de mai dans la zone euro montrent déjà un impact sur la situation économique des femmes, puisque leur taux de chômage a grimpé à 7,9 % contre 7,7 % en avril, alors qu’il reste inchangé à 7,0 % chez les hommes. Céline Piques, économiste et présidente d’Osez le féminisme !, s’inquiète pour les mois à venir.

La carrière des femmes impactée

“On a vu pendant le confinement des réflexes assez sexistes s’organiser dans l’organisation familiale, comme pour la prise en charge des enfants qui a été largement assumée par les femmes”, souligne la militante contactée par France 24.

Elle s’appuie sur une étude réalisée par le syndicat CGT, révélant que la fermeture des écoles s’était traduite par un surplus de tâches domestiques et parentales chez les femmes. Quelque 43 % des sondées ont passé plus de quatre heures supplémentaires par jour à s’occuper de leurs enfants, contre 26 % des hommes interrogés.

Pourtant certaines mesures ont permis d’atténuer les effets négatifs de la crise sur les femmes, comme le congé maladie étendu aux parents touchés par les fermetures d’écoles. Une mesure applaudie par Kristalina Georgieva et le FMI.

“C’était nécessaire”, estime Céline Piques qui salue ce dispositif, tout en rappelant que paradoxalement, il a largement bénéficié aux hommes. À situation égale, ce sont en majorité les femmes – à 70 % – qui ont eu recours à ce congé maladie garde d’enfant

“L’impact va se faire sentir au moment où ils devront négocier des augmentations”, explique Céline Piques. “Celui qui a fait du télétravail pendant plusieurs mois et qui a participé à la vie de l’entreprise sera privilégié sur celle qui a dû bénéficier de l’arrêt de travail garde d’enfants.” 

Dans le secteur de la recherche, les effets se sont déjà fait sentir. Le nombre de publications émanant de chercheuses scientifiques a drastiquement chuté durant le confinement, tandis que les hommes chercheurs ont publié davantage qu’à l’habitude. “Ces chercheurs ont sans doute pu travailler pendant que leur conjointe s’occupaient de leurs enfants”, résume Céline Piques. “Malheureusement, sur un CV cela laisse des traces et impacte la carrière des femmes, sans parler de celles qui n’ont pas pu consacrer du temps à leur recherche d’emploi, ni même de celles qui ont perdu leur travail.”

Grande précarité redoutée pour les mères célibataires

La militante alerte plus particulièrement sur la situation des mères célibataires. En France, un tiers des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté, et dans 85 % des cas ce sont des mères qui ont la garde des enfants. 

“Les plus précaires, comme les caissières, ont perdu leur emploi pendant le confinement, faute d’avoir pu se rendre au travail, parce qu’elles devaient s’occuper seule des enfants”, explique Céline Piques. Pour ces femmes, la crise économique est déjà une réalité. “Nombreux sont les témoignages de femmes qui ont énormément souffert pendant le confinement, ne parvenant pas à faire manger leurs enfants”. Ces femmes risquent de se retrouver une nouvelle fois en première ligne si la dégradation de la situation économique annoncée par les experts pour cet automne a bien lieu, sans parler d’un reconfinement envisagé dans le pire des scénarios. 

Avec AFP


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