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Covid-19 : du “jour de la liberté” au “jour de l’inquiétude” en Angleterre

Alors que l’Europe resserre la vis pour contrer l’offensive du variant Delta, l’Angleterre lève lundi la quasi-totalité des restrictions sanitaires sur son territoire. Une plongée dans l’inconnu qui inquiète la communauté scientifique et une grande partie de la population.

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Certains y verront un signe du destin, d’autres une coïncidence particulièrement malvenue. Alors que l’Angleterre lève, lundi 19 juillet, la quasi-totalité de ses restrictions sanitaires, le Premier ministre, Boris Johnson, ainsi que le ministre des Finances, Rishi Sunak, ont été identifiés dimanche comme cas contact et devront observer une période d’isolement de dix jours.

La veille, c’est le ministre de la Santé, Sajid Javid, qui annonçait être positif au Covid-19. Un coup dur et mauvais coup de com’ pour le gouvernement britannique, qui s’est lancé dans un pari risqué en devenant le premier pays au monde à alléger les restrictions en plein rebond épidémique.

Depuis plusieurs semaines, le nombre de contaminations journalières s’affole au Royaume-Uni, qui a enregistré samedi plus de 54 000 nouveaux cas, soit cinq fois plus que dans l’Hexagone. De quoi tempérer l’optimisme des conservateurs qui souhaitaient faire de ce lundi surnommé “Freedom Day” (“jour de la liberté”) le symbole du retour à une vie normale.

“La liberté est à nouveau à l’horizon”, se réjouissait une semaine plus tôt Sajid Javid devant des Tories extatiques lançant des “Hallelujah” pour saluer la bonne nouvelle.


Concrètement, ce lundi signe la fin de la consigne de distanciation sociale d’un mètre et des jauges de fréquentation. Des lieux encore fermés comme les discothèques vont rouvrir tandis que les concerts pourront être organisés en pleine capacité et le télétravail ne sera plus la norme.

Quant aux personnes entièrement vaccinées résidant au Royaume-Uni et venant de pays classés “orange”, parmi lesquels de nombreuses destinations touristiques en Europe comme l’Italie ou l’Espagne, elles n’auront plus besoin d’observer de quarantaine. Un assouplissement qui ne s’appliquera toutefois pas aux voyageurs de retour de France.

Mais la mesure la plus emblématique de ce “Freedom Day”, rebaptisé par certains “Anxiety Day” (“jour de l’inquiétude”), sera la levée du port du masque dans tous les lieux publics clos.

Optimisme prudent

Cependant, devant la polémique et les mauvais chiffres de l’épidémie, le gouvernement a sérieusement infléchi son discours ces derniers jours et multiplié les appels à la prudence, quitte à semer la confusion au sein de la population.

Certes, le masque n’est plus obligatoire mais il reste fortement recommandé dans les lieux clos et les endroits bondés.

De nombreux magasins et opérateurs de transports continueront par ailleurs à exiger le port du masque. Ce sera le cas dans le métro et les bus londoniens, dans les trams de Manchester ou à bord des Brittany Ferries.

Les clients et les employés des chaînes de supermarché Sainsbury’s ou des librairies Waterstones sont également invités à venir masqués. Au Royaume-Uni, les entreprises privées sont libres de fixer leurs propres règles sanitaires.

D’un enthousiasme à toute épreuve, le gouvernement britannique joue désormais la partition de l’optimisme prudent. “La pandémie n’est pas finie”, a rappelé Boris Johnson. Mais pas question pour le Premier ministre de faire machine arrière. Selon lui, la vaccination doit permettre de vivre avec le virus et de relancer l’économie.

À ce jour, 53,5 % des Britanniques ont reçu deux doses de vaccins et près de 70 % ont reçu leur première injection. Une couverture vaccinale qui, pour les partisans de l’ouverture, a brisé le lien entre contaminations et formes graves de la maladie.

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Le nombre de morts grimpe en effet beaucoup plus lentement que le nombre de personnes contaminées au Royaume-Uni, ce qui laisser espérer une reprise épidémique moins mortelle que les précédentes. Tombé à moins de dix, le chiffre des décès oscille désormais entre une quarantaine et une soixantaine par jour.

Apprenti-sorcier 

Mais tout le monde ne fait pas la même lecture de ces statistiques : 1 200 scientifiques ont signé une lettre parue dans The Lancet le 7 juillet appelant le gouvernement à revoir une stratégie qualifiée “d’expérimentation dangereuse” allant à l’encontre de l’éthique médicale et représentant une menace pour le monde entier.

Si le nombre d’hospitalisations est encore faible, il augmente rapidement et pourrait bientôt saturer les hôpitaux, selon ces experts. Ils mettent également en garde contre les conséquences pour les personnes vulnérables, parfois plus susceptibles de développer des formes de Covid long.

Enfin, la circulation tous azimuts du virus serait propice à l’apparition de nouveaux variants potentiellement résistants aux vaccins. Le ministre britannique de la Santé a reconnu que la levée des restrictions pourrait signifier 100 000 contaminations par jour.

“Un variant qui deviendrait dominant au Royaume-Uni a toutes les chances de se répandre ensuite à travers le globe. Cette stratégie n’aura pas que des conséquences pour nous. Elle pourrait affecter le monde entier”, assure la professeure Christina Pagel de l’University College de Londres.


À ces voix, qualifiées d’alarmistes par les conservateurs, s’ajoutent celles de l’opposition travailliste. “Nous sommes contre cette levée des restrictions sans mesures de précaution”, a indiqué Jonathan Ashworth, le monsieur santé du Labour, dans une interview à la BBC.

Une inquiétude partagée par une majorité de Britanniques. Selon un sondage publié par The Economist, les deux tiers de la population sont favorables à un maintien des restrictions pendant un mois supplémentaire.

“Le pays n’est pas encore sorti d’affaire”, a averti Chris Whitty, le médecin-chef de l’Angleterre. “Il ne faut pas sous-estimer le risque d’avoir de nouveau des ennuis de manière étonnamment rapide.”


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