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Espagne : le gouvernement de Pedro Sanchez gracie neuf indépendantistes catalans

Le gouvernement espagnol a gracié les neuf dirigeants indépendantistes catalans incarcérés après la tentative de sécession de la région en 2017. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez dit vouloir marquer “une nouvelle étape” en vue de mettre fin à l'”affrontement” en Catalogne.

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Madrid a fait un grand pas, mardi 22 juin, en direction des indépendantistes catalans. Le gouvernement espagnol a donné son feu vert à la grâce de neuf indépendantistes. Comme annoncé lundi, Pedro Sanchez a proposé au Conseil des ministres d’accorder la liberté à ces détenus. Ces derniers avaient été condamnés, en octobre 2019, à des peines allant de 9 à 13 ans de prison pour sédition.

S’exprimant à l’issue du Conseil des ministres, le Premier ministre espagnol a estimé que cette mesure controversée allait ouvrir “une nouvelle étape de dialogue” qui permettra “d’en finir une fois pour toutes avec la division et l’affrontement”. Cette décision “est la meilleure pour la Catalogne, la meilleure pour l’Espagne, et la plus conforme à l’esprit de concorde, de vivre-ensemble, de la Constitution espagnole”, a ajouté le dirigeant socialiste. 

Pedro Sanchez a souhaité leur accorder la grâce dans une volonté de “réconciliation” entre Madrid et la région catalane, avait-il expliqué lundi, depuis le théâtre de Liceu, à Barcelone.


Devant le théâtre, des centaines de militants séparatistes ont manifesté leur colère. Eux demandent une amnistie pour les dirigeants emprisonnés. Une option que n’envisage pas le gouvernement espagnol : si une grâce les exemptera de purger le reste de leur peine et leur permettra de sortir de prison, une amnistie, elle, effacerait totalement leur délit.

“52 % des Espagnols sont hostiles à ces grâces et Pedro Sanchez a contre lui toute l’opposition de droite”, explique Henry de Laguerie, correspondant pour France 24 en Espagne. “Ces grâces sont cependant un préalable pour rétablir de bonnes relations entre Madrid et la Catalogne.”

En juin 2017, le gouvernement régional catalan, dirigé à l’époque par Carles Puigdemont, avait organisé un référendum d’autodétermination, lequel avait été interdit par la justice. Des violences avaient éclaté en marge. En octobre 2017, le parlement catalan avait déclaré unilatéralement l’indépendance de la région, provoquant une grave crise politique, la destitution du gouvernement régional par le gouvernement espagnol et la mise sous tutelle de la Catalogne.

Les Espagnols pas favorables à cette grâce

Poursuivis par la justice, les dirigeants indépendantistes avaient quitté l’Espagne ou s’étaient retrouvés derrière les barreaux. Carles Puigdemont, lui, n’est pas concerné par la grâce prévue. L’homme politique, exilé en Belgique, reste poursuivi par la justice. “Il est clair que ce n’est pas une solution politique au conflit politique” en Catalogne, a-t-il déclaré vendredi 18 juin, à propos de ce qui était alors encore une rumeur de grâce imminente.

La décision de Pedro Sanchez de gracier les neufs personnes incarcérées ne fait pas l’unanimité dans le pays. Si les indépendantistes appellent à une amnistie qui n’arrivera pas, la grâce n’est pas plus populaire auprès du reste de la population. Selon un sondage Ipsos, 53 % des Espagnols y sont opposés. Sans surprise, l’opinion est différente en Catalogne, où une large majorité (68 %) y est favorable.

Répondant à l’appel de la droite, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans la capitale, le 13 juin, pour manifester leur opposition à cette grâce, qu’elles perçoivent comme une manœuvre politique de Pedro Sanchez pour se maintenir au poste qu’il occupe depuis trois ans. “Avec le temps, la grâce apparaîtra anecdotique si l’économie va bien” grâce au méga-plan de relance européen, observe Pablo Ferrandiz, sociologue à l’Université Carlos III de Madrid.

Avec AFP


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