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À Paris, le chef de la diplomatie turque joue la carte de l’apaisement avec la France

Le ministre turc des Affaires étrangères a effectué, lundi, une première visite de haut niveau à Paris, où il a rencontré son homologue français. Cette rencontre intervient après une année de tensions autour de plusieurs dossiers comme la Libye, la Syrie, la Méditerranée orientale ou encore l’offensive de Paris contre l’influence turque sur l’islam en France.

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Les chefs des diplomaties française et turque se sont rencontrés, lundi 7 juin à Paris, pour engager un dialogue plus apaisé après plus d’une année de tensions au sommet entre le président Emmanuel Macron et son homologue Recep Tayyip Erdogan, de la Méditerranée orientale à la Libye. 

“Nous envisageons de renforcer nos relations avec la France sur la base du respect mutuel”, a tweeté Mevlut Cavusoglu, dont le pays cherche à normaliser ses relations avec Paris, à quelques jours d’un sommet de l’Otan le 14 juin à Bruxelles. 

Son homologue, Jean-Yves Le Drian, est resté plus factuel dans sa communication. Selon son ministère, les deux ministres ont fait un tour d’horizon des sujets de contentieux et fait un point sur la relation bilatérale.

La France et la Turquie ont affiché des positions antagonistes sur nombre de sujets au sein de l’Alliance atlantique, qui se sont notamment cristallisées en Méditerranée orientale où Paris a soutenu Athènes face aux ambitions gazières d’Ankara et où un incident a opposé des bâtiments turc et français en juin 2020.

Multiples désaccords

Faisant fi des mises en garde de l’Europe, la Turquie a en effet organisé l’année dernière plusieurs missions d’exploration gazière dans des eaux grecques, provoquant une crise diplomatique d’une ampleur inédite depuis 1996, année où les deux pays ont frôlé la guerre. Mais après l’annonce de sanctions européennes contre Ankara, Recep Tayyip Erdogan avait multiplié les gestes d’apaisement et appelé la Grèce à discuter. 

Les relations entre la France et la Turquie se sont aussi fortement dégradées en raison de désaccords sur la Syrie, la Libye et plus récemment sur le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie dans le Haut-Karabakh. Durant la guerre, les Arméniens ont accusé les Turcs d’être impliqués directement dans les combats, ce qu’Ankara a démenti. Plusieurs pays dont la France avaient également dénoncé l’envoi sur le front aux côtés des forces azerbaïdjanaises de combattants pro-turcs venus de Syrie. 

“Mon cher ami Aliev (le président azerbaïdjanais Ilham Aliev) a donné un conseil aux Français leur disant que s’ils aiment tant les Arméniens, ils n’ont qu’à leur donner Marseille. Moi aussi, je leur donne le même conseil”, avait déclaré Recep Tayyip Erdogan.

“Macron est un problème pour la France” 

En octobre, le président turc avait mis en cause la “santé mentale” de son homologue français, l’accusant de mener une “campagne de haine” contre l’islam, parce qu’il avait défendu le droit de caricaturer le prophète Mahomet et pour son discours contre le “séparatisme” islamiste en France. Il avait également appelé au boycott des produits français, ajoutant une pierre aux critiques qui pleuvent sur Emmanuel Macron dans le monde musulman sur fond de contexte dramatique avec l’assassinat de Samuel Paty.   

En réponse, Emmanuel Macron avait décidé de rappeler l’ambassadeur de France en Turquie, tandis que le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian avait pour sa part dénoncé de la part de la Turquie “une volonté d’attiser la haine” contre la France et son président. 

La colère de la Turquie s’était ravivée fin octobre après la publication en une par “Charlie Hebdo” d’un dessin montrant le président Erdogan en tee-shirt et sous-vêtements, en train de boire une bière et de soulever la jupe d’une femme portant le voile, découvrant ainsi ses fesses nues. Ankara avait réagi en annonçant l’adoption de mesures “judiciaires et diplomatiques” contre la France. 

Début décembre, Recep Tayyip Erdogan a de nouveau ciblé le locataire de l’Élysée. “Macron est un problème pour la France. Avec Macron, la France vit une période très dangereuse. J’espère que la France va se débarrasser du problème Macron le plus tôt possible”, avait-il également déclaré, le 4 décembre, lors d’un échange avec des journalistes à Istanbul. 

Depuis, en signe d’apaisement, les deux chefs d’État aux relations exécrables se sont entretenus en mars dernier par visioconférence. 

Ankara tente de sortir de son isolement croissant  

La Turquie insiste désormais sur les points de “convergence” et les “intérêts communs” avec la France, qui continue pour sa part de réclamer des signes tangibles d’apaisement des tensions de la part d’Ankara. 

Paris demande notamment le retrait des mercenaires syriens déployés par la Turquie en Libye au côté du précédent gouvernement à Tripoli. 

“En Libye, tout doit être mis en œuvre pour faire respecter le calendrier de transition politique, sécuritaire et électorale et traduire dans les faits le cessez-le-feu”, a rappelé la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. 

Sur le plan bilatéral, les deux ministres ont rappelé leur “souhait de tenir la prochaine session du comité mixte économique et commercial France-Turquie (JETCO) cet automne”, a-t-elle ajouté.     

Ankara multiplie depuis le début de l’année les gestes envers ses alliés occidentaux et régionaux pour sortir de son isolement croissant sur les scènes régionale et internationale. 

Avec AFP 


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