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Paschal Donohoe : “Nos échanges avec Londres ne retrouveront jamais le niveau d’avant le Brexit”

Nous recevons aujourd’hui Paschal Donohoe, ministre irlandais des Finances et actuel président de l’Eurogroupe, cette instance informelle qui était au cœur des négociations du plan de relance économique de l’Union. À sa désignation en juillet 2020, il avait pour lui de présenter un compromis et dirigeait avec prudence les finances d’un pays qui avait bénéficié d’un plan d’aide pendant la crise de la zone euro, au même titre que la Grèce ou le Portugal.

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Eurogroupe

À la tête d’un Eurogroupe parfois critiqué pour son manque de transparence et son austérité, Paschal Donohoe en réaffirme la “légitimité démocratique” due au statut des membres qui le composent. Il reconnaît que leurs “décisions ont des conséquences, c’est pourquoi elles sont prises sur la base du consensus”. Il rappelle aussi que celles prises après la crise financière de 2008 “ont évité que les pires scénarios envisagés ne deviennent réalité”.

En juillet 2020, les chefs d’État et de gouvernement réunis en sommet ont voté un plan de relance historique pour pallier les effets de la crise sanitaire sur les économies européennes. Pour le président de l’Eurogroupe, ce plan “montre bien notre capacité à rester unis au sein de l’Union européenne et c’est une véritable indication de notre solidarité”. Selon lui, grâce au travail de l’Eurogroupe et au plan de relance “colossal” qui en est sorti, “un avenir stable et positif se dessine pour l’eurozone”. Il croit fortement à un “début de reprise en 2021 et un retour à des niveaux normaux d’activité économique en 2022”.

Alors que la question de l’effacement de la dette fait son chemin chez certains au sein de l’Union, Paschal Donohoe rappelle que “nous devons rembourser une dette que nous avons contractée car si ceux qui nous prêtent de l’argent pensent qu’il ne leur sera jamais remboursé, cela augmente le risque que nous prenons en empruntant aujourd’hui”.

Irlande

En amont du sommet du G7, lors duquel les pays membres devraient s’accorder sur une fiscalité internationale, l’Irlande fait cavalier seul en conservant son taux d’imposition sur les bénéfices des multinationales à 12,5 %, contre les 15 % envisagés. En tant que ministre irlandais des Finances, Paschal Donohoe met en avant le fait que “l’Irlande est une petite économie” et que “sa capacité à déterminer sa propre politique fiscale, ses propres taux, constitue un élément très important de sa compétitivité”, mais reste optimiste quant au fait que les Européens trouveront un accord, qui devra néanmoins selon lui “fonctionner pour tous les pays, petits ou grands, au moment où ils l’appliqueront”.

En ce qui concerne la somme de 850 millions d’euros dont est dotée l’Irlande pour le plan de relance, nettement inférieure à celles pour d’autres États membres, Paschal Donohoe estime que son pays “n’a pas connu un aussi gros choc économique que certains de nos amis ou partenaires, c’est pourquoi il est juste que notre plan soit différent en nature et en dotation”. “Et cela reflète à quel point notre économie est performante”, ajoute-t-il.

Brexit

Presque six mois après le Brexit, Paschal Donohoe reste optimiste sur le fait qu’une “relation plus stable et positive” puisse se nouer à l’avenir, car “le Royaume-Uni veut construire une relation forte avec l’Union européenne”. Mais il n’envisage pas pour autant que les “relations commerciales ne redeviennent celles qu’elles étaient en 2013, 2014 ou 2015”, car avec le Brexit, le Royaume-Uni a quitté le Marché unique et “ne peut donc plus bénéficier des échanges commerciaux fluides dont on bénéficie lorsque l’on en fait partie”.

Émission préparée par Perrine Desplats, Mathilde Bénézet, Isabelle Romero, Céline Schmitt et Johan Bodin


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