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La Biélorussie intercepte un avion de ligne pour arrêter un opposant au pouvoir

Un avion de ligne opérant la liaison entre Athènes, en Grèce, et Vilnius, en Lituanie, a été intercepté et dérouté par la Biélorussie vers Minsk, dimanche. Roman Protassevitch, un militant de l’opposition qui se trouvait à bord, a été arrêté à l’atterrissage dans la capitale biélorusse, selon le média d’opposition Nexta.

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La Biélorussie a envoyé, dimanche 23 mai, un chasseur intercepter un avion de ligne à bord duquel se trouvait un militant de l’opposition qui, selon cette dernière, a été interpellé à son arrivée à Minsk par les services de sécurité du régime d’Alexandre Loukachenko.

Le média d’opposition Nexta a affirmé que son ancien rédacteur en chef, Roman Protassevitch, avait été arrêté après l’atterrissage d’urgence à l’aéroport de la capitale de la Biélorussie de cet appareil, un Boeing 737 de la compagnie Ryanair en provenance d’Athènes et avec pour destination Vilnius en Lituanie.

Le ministère biélorusse de l’Intérieur a confirmé dans un premier temps cette interpellation sur Telegram, avant de supprimer ce message, a constaté une journaliste de l’AFP.

Selon les autorités, l’avion a dévié de sa trajectoire à cause d’une “alerte à la bombe”. Nexta a affirmé que l’atterrissage d’urgence avait été suscité par une “bagarre” déclenchée par des agents des services de sécurité biélorusses, présents à bord et qui affirmaient qu’un engin explosif se trouvait dans l’appareil.

L’aéroport de Minsk, cité par l’agence de presse officielle Belta, a affirmé que l’alerte à la bombe s’était révélée “erronée” après une fouille du Boeing.

Le président Alexandre Loukachenko a, quant à lui, donné l’ordre personnellement à un avion de chasse MiG-29 d’intercepter l’avion après cette alerte, a dit son service de presse.

À l’été et à l’automne derniers, Alexandre Loukachenko a été confronté à un mouvement de contestation historique ayant rassemblé pendant plusieurs semaines des dizaines de milliers de personnes à Minsk et dans d’autres villes, une mobilisation énorme pour un pays d’à peine 9,5 millions d’habitants.

Mais la protestation s’est progressivement essoufflée face à des arrestations massives, des violences policières ayant fait au moins quatre morts, un harcèlement judiciaire permanent et de lourdes peines de prison infligées à des militants et à des journalistes.   

“Bagarre avec le KGB”

En novembre dernier, les services de sécurité biélorusses (KGB), hérités de la période soviétique, avaient placé Roman Protassevitch et le fondateur de Nexta, Stepan Poutilo, sur la liste des “individus impliqués dans des activités terroristes”.

L’actuel rédacteur en chef de Nexta, Tadeusz Giczan, a assuré que des agents du KGB biélorusse étaient à bord de l’appareil. “Quand l’avion est entré dans l’espace aérien biélorusse, les officiers du KGB ont déclenché une bagarre avec le personnel de Ryanair”, a affirmé Tadeusz Giczan, les agents soutenant qu’une bombe était à bord.

Contactée par l’AFP, une porte-parole des aéroports lituaniens a dit avoir reçu comme première explication de le part de l’aéroport de Minsk un conflit entre des passagers et l’équipage.  

Roman Protassevitch est l’ancien rédacteur en chef de Nexta, un média ayant joué un rôle clé dans la récente vague de contestation de la réélection en 2020 du président Alexandre Loukachenko, qui occupe ces fonctions depuis 1994.

Fondé en 2015, Nexta (“Quelqu’un” en biélorusse) avait notamment coordonné les rassemblements à travers la Biélorussie, diffusant des mots d’ordre et permettant de partager les photos et les vidéos des rassemblements et des violences.

Vive réaction des dirigeants européens

L’arrestation du militant a été immédiatement condamnée par la figure de l’opposition biélorusse en exil, Svetlana Tikhanovskaïa. Sur Twitter, elle a assuré que le régime avait “forcé” à l’atterrissage l’avion de Roman Protassevitch qui, selon elle, “encourt la peine de mort”.


L’ancienne république soviétique de Biélorussie est le dernier pays en Europe à appliquer la peine capitale.

Les dirigeants de l’Union européenne ont appelé de concert la Biélorussie à laisser repartir l’avion de Ryanair, et de permettre à “tous ses passagers” de poursuivre leur voyage, fustigeant “une action complètement inacceptable”.

“Nous tenons le gouvernement de la Biélorussie responsable de la sécurité de tous les passagers et de l’appareil. TOUS les passagers doivent pouvoir poursuivre immédiatement leur voyage”, a tweeté le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont eux aussi appelé la Biélorussie à laisser repartir “tous les passagers”.


Plus tôt, l’Allemagne avait déjà réclamé une “explication immédiate” après le déroutage de l’avion. 

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a, quant à lui, qualifié l’arrestation de Roman Protassevitch d'”acte de terrorisme d’État”, après que son vol a été forcé d’atterrir à Minsk par un avion de chasse biélorusse.

De son côté, Paris a dénoncé une situation “inacceptable”, et appelle à une “réponse ferme et unie” des Européens.

Le président de la Lituanie, Gitanas Nauseda, a quant à lui dénoncé sur Twitter “un événement sans précédent”, accusant le régime biélorusse d’avoir été derrière “cet acte abject”. “J’exige la libération d’urgence de Roman Protassevitch !”, a-t-il poursuivi, assurant : “J’en parlerai au sommet de l’UE à Bruxelles”, la semaine prochaine.

La répression en cours en Biélorussie a valu à Minsk une batterie de sanctions occidentales qui ont conduit Alexandre Loukachenko à se rapprocher davantage de son homologue russe, Vladimir Poutine.

Avec AFP


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