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Nucléaire iranien : discussions à Vienne avec les États-Unis pour sauver l’accord

Les États Unis participent à des discussions mardi à Vienne pour tenter de sauver l’accord international sur le nucléaire iranien, marquant une évolution notable de la politique américaine.

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Joe Biden prêt à négocier sur le dossier du nucléaire iranien. Les États-Unis participent à partir de mardi à des discussions à Vienne pour tenter de sauver l’accord international que son prédécesseur, Donald Trump, avait décidé de quitter.

Les États-Unis ne seront toutefois pas à la même table que Téhéran et ce sont les Européens qui serviront d’intermédiaire entre les deux parties, dans l’espoir de parvenir à des résultats concrets après deux mois d’impasse.  

C’est “un jalon important, montrant que les États-Unis comme l’Iran tiennent sérieusement à briser l’inertie et le schéma attentiste qui consiste à dire ‘la balle est dans l’autre camp'”, a commenté sur Twitter Ali Vaez, de l’organisation de prévention des conflits International Crisis Group.

Le nouveau président américain, Joe Biden, s’est dit prêt à revenir dans l’accord signé en 2015 à Vienne, qui vise à garantir que l’Iran ne cherche pas à se doter de la bombe atomique.   

Son prédécesseur Donald Trump l’avait dénoncé unilatéralement en 2018, rétablissant et même durcissant les sanctions contre Téhéran.   

Mais sans levée de ces mesures punitives qui asphyxient son économie, l’Iran ne veut pas renouer avec ses engagements nucléaires, dont il s’est affranchi au fil des mois.

Puisque personne ne veut faire le premier pas, l’idée est de mettre en place “un cadre définissant des étapes parallèles”, explique Ali Vaez.  

“Chaque partie peut ainsi sauver la face et définir ensemble une feuille de route”, renchérit Suzanne DiMaggio, du cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace.

Discussions indirectes  

Il y aura d’un côté une réunion mardi à 12h30 GMT de la commission mixte en présence de l’ensemble des signataires du JCPOA (Plan d’action global commun) : Iran, Allemagne, France, Royaume-Uni, Chine, Russie, le tout sous l’égide de l’UE représentée par le secrétaire général adjoint du Service d’actions extérieures, Enrique Mora. 

Dans le même temps, “des réunions d’experts se tiendront pendant quinze jours, un mois, on ne sait pas”, détaille un diplomate européen basé dans la capitale autrichienne. 

De l’autre côté, se tiendra la délégation américaine, dans un autre lieu et sans aucun contact avec la République islamique qui a exclu toute “réunion” avec les États-Unis. 

Ce format “ne facilite pas les choses, mais sur le fond il ne s’agit pas […] d’inventer quelque chose de nouveau, on revient à ce qui existait en 2015”, a déclaré lundi le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, aux agences nationales.  

Pour Kelsey Davenport, directrice de la politique de non-prolifération au sein de l’Arms Control Association, “cette diplomatie de la navette n’est certes pas idéale mais l’UE est bien placée pour sortir de l’impasse et coordonner les mesures nécessaires pour restaurer l’accord”.  

Cette experte appelle à “un premier geste audacieux des deux côtés pour insuffler un élan au processus et démontrer la volonté politique de chacun”.   

Lever les sanctions   

Washington pourrait par exemple débloquer “l’accès aux transactions financières étrangères et faciliter l’aide humanitaire” – médicaments et équipements médicaux notamment, dit-elle, tandis que Téhéran pourrait en contrepartie stopper l’enrichissement d’uranium à hauteur de 20 %. 

Mais la tâche ne sera pas simple, préviennent les experts. 

“Le problème, c’est tout ce qui est irréversible comme les activités de recherche entreprises par Téhéran [au cours des derniers mois]”, souligne le diplomate interrogé.  

Quant à l’administration américaine, acceptera-t-elle de lever l’ensemble des sanctions, ainsi que le réclame l’Iran ?   

Téhéran l’a redit lundi : tout “dépend” de la capacité des Européens et des signataires du texte “à rappeler aux États-Unis leurs engagements”, a insisté le porte-parole de la diplomatie iranienne, Saïd Khatibzadeh. 

À la veille des discussions, Washington se voulait optimiste.

“Si nous faisons preuve de réalisme, on peut y arriver”, a estimé l’émissaire américain Rob Malley dans un entretien télévisé. “Nous allons devoir faire un travail de fourmi pour examiner les sanctions et voir ce qu’on peut faire pour que l’Iran bénéficie des avantages que l’accord était censé lui offrir”, a-t-il ajouté. 

“Faire le tri va être délicat”, avertit Kesley Davenport, qui pointe aussi “ceux qui veulent torpiller l’accord” dans chacun des deux pays ennemis.

Avec AFP


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