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Écosse : quand Brexit et Covid-19 donnent du grain à moudre aux indépendantistes

Alors que la période de transition garantissant des liens étroits entre le Royaume-Uni et l’Union européenne prendra fin le 31 décembre à minuit, l’Écosse s’apprête à subir un Brexit qu’elle n’a ni voté, ni négocié. La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, veut en profiter pour provoquer un deuxième referendum sur l’indépendance.

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Après la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, se dirige-t-on vers une sortie de l’Écosse du Royaume-Uni ? C’est en tous cas le souhait de Nicola Sturgeon. À l’annonce de l’accord enfin conclu entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur la relation post-Brexit, la Première ministre indépendantiste écossaise a relancé le débat sur l’organisation d’un second référendum pour l’indépendance de l’Écosse. Elle entend capitaliser sur le mécontentement suscité par le Brexit et la mauvaise gestion britannique du Covid-19 pour voir le “oui” l’emporter.

“Il est temps de tracer notre propre avenir en tant que nation européenne indépendante”, a tweeté Nicola Sturgeon soulignant qu'”aucun accord ne pourra jamais compenser ce que le Brexit nous enlève” et que “le Brexit arrive contre la volonté du peuple d’Écosse”.

Lors du référendum de 2016 sur la sortie de l’Union européenne, 62 % des Écossais avaient en effet voté pour le “Remain”, c’est-à-dire contre le Brexit. Plus tard, Boris Johnson, tout comme sa prédécesseur Theresa May, a refusé à l’Écosse tout droit de regard sur  le sujet.

L’argument du Brexit, voté et piloté par Londres au détriment de Edimbourg, a permis aux leaders indépendantistes de gagner du poids. Signe d’un soutien populaire croissant, en décembre 2019, le Parti national écossais a remporté 49 des 59 sièges attribués à l’Écosse à la Chambre des communes britannique.

De nombreux Écossais considèrent que la réadhésion à l’UE serait un argument pour une nation indépendante. À l’instar d’Henry Gray, jeune homme de 29 ans qui travaille dans une association, le référendum de 2016, qui a abouti au Brexit, l’a conduit à pencher pour l’autonomie. “Ce serait bien de pouvoir quand-même faire partie de l’UE”, confie-t-il à l’AFP, “j’espère qu’on serait invités à revenir” dans le club européen.

La longue négociation du Brexit a affaibli dans l’opinion les mérites du Royaume-Uni”, explique John Curtice, politologue britannique et professeur de politique à l’Université de Strathclyde, interrogé par Foreign Policy. “Pour un nombre important de personnes en Écosse, l’indépendance au sein de l’UE est devenue plus attractive que de faire partie d’un Royaume-Uni en dehors de l’UE”, poursuit-il

Le Covid-19 a aggravé la défiance envers Londres

Le Brexit n’est pas le seul motif du désamour entre l’Écosse et Londres : la gestion de l’épidémie de Covid-19 a encore aggravé le fossé. Avec plus de 68 000 morts, le Royaume-Uni est l’un des pays les plus durement touchés en Europe.

Le pays a payé la légèreté avec laquelle Boris Johnson a pris la mesure de la pandémie. Lorsque les premiers cas de coronavirus sont détectés en Grande-Bretagne, Boris Johnson fanfaronne même début mars après une visite à l’hôpital : “J’ai serré les mains de tout le monde.” Il tarde à décréter un confinement, contracte lui-même le virus et frôle la mort. Le Royaume-Uni est l’un des pays les plus touchés par la pandémie en matière de mortalité.

Dans les sondages toujours, si 74 % des Écossais sont satisfaits de la gestion de la crise par leur Première ministre, ils ne sont que 19 % à estimer que Boris Johnson aussi a fait du bon travail.

“Alors même que le bilan sanitaire n’est pas bon non plus chez elle. La leader du Scottish national party a renvoyé l’image d’une dirigeante qui sait ce qu’elle fait”, note Richard Place, correspondant permanent de France Culture à Londres. “Ce ressenti a sans doute beaucoup contribué aux envies d’indépendance des Écossais. Tous les sondages l’indiquent, si le vote avait lieu aujourd’hui, l’Écosse quitterait le Royaume-Uni.”

Nicola Sturgeon veut enfoncer le clou avec l’accord de divorce

La Première ministre écossaise compte bien profiter de l’ascendant pris sur Boris Johnson dans l’opinion publique et le faire fructifier. Elle n’a pas attendu que les 1 246 pages de l’accord sur la relation commerciale entre UE et Royaume-Uni soit rendu public pour le critiquer et pointer du doigt ce que l’Écosse y perdra :

“Notre peuple sera moins en sécurité et il perdra son droit de travailler, d’étudier et de vivre ailleurs en Europe”, a-t-elle déclaré fustigeant “un autre exemple de gouvernement conservateur emmenant l’Écosse dans la mauvaise direction.”

Sur le dossier très sensible de la pêche, elle a accusé Boris Johnson d’avoir “à nouveau vendu la pêche écossaise”. “Des promesses qu’ils savaient ne pas pouvoir tenir ont été rompues”, a-t-elle déclaré.

Elle a aussi accusé le gouvernement britannique d’avoir délaissé les agriculteurs écossais, notamment les producteurs de pommes de terre, exclus dans l’accord commercial post-Brexit. Nicola Sturgeon a également fustigé la décision de quitter le programme d’échange européen Erasmus pour le remplacer par un programme mondial. La Première ministre a dénoncé un “vandalisme culturel”.

Reste à contraindre Londres à autoriser la tenue d’un second référendum sur l’indépendance, après celui de 2014 qui avait vu le “non” s’imposer d’une courte tête. Les indépendantistes misent sur une victoire en mai prochain lors des élections législatives locales, pour obliger Boris Johnson à l’organiser. Fin novembre, Nicola Sturgeon l’appelait de ses vœux dès 2021.


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