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Election à Chypre-Nord : victoire surprise du candidat d'Ankara

Quelque 199.000 électeurs étaient appelés à voter pour élire leur dirigeant lors d’un second tour à l’ombre des tensions en Méditerranée orientale entre la Grèce et la Turquie. Les deux candidats étaient au coude à coude mais c’est finalement le nationaliste Ersin Tatar qui l’emporte selon le Conseil électoral.

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Déjouant les pronostics, le candidat nationaliste Ersin Tatar, soutenu par la Turquie, a été élu dimanche 18 octobre “président” de l’autoproclamée République turque de Chypre-Nord (RTNC), un succès pour Ankara dans un contexte de vives tensions autour de ses projets en Méditerranée orientale.

Avec 51,74% des voix, Ersin Tatar supplante Mustafa Akinci, dirigeant sortant en froid avec le président turc Recep Tayyip Erdogan et partisan d’une réunification de l’île méditerranéenne sous la forme d’un État fédéral, augurant un changement radical des relations avec la partie sud de l’île.

Le soutien du candidat arrivé troisième au premier tour le 11 octobre n’a pas permis au social-démocrate de l’emporter. Une demande de recompte des bulletins de vote par le camp de Mustafa Akinci, qui a plusieurs fois dénoncé l’ingérence de la Turquie dans l’élection, n’est pas à exclure.

Ankara a très rapidement salué “chaleureusement” la victoire de son protégé: “Nous allons travailler ensemble pour assurer la prospérité, le développement et la sécurité des Chypriotes-turcs. Nous allons défendre ensemble les droits et intérêts légitimes de Chypre-Nord en Méditerranée orientale”, a tweeté le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu.

La participation s’est élevée à 67,30%, soit trois points de plus qu’en 2015, malgré la pandémie de Covid-19. Quelque 199.000 personnes étaient appelées à voter sur plus de 300.000 habitants.

Tensions en Méditerranée

L’élection s’est déroulée dans un contexte de vives tensions autour de l’exploitation d’hydrocarbures en Méditerranée orientale entre Ankara et Athènes, principale alliée de la République de Chypre, membre de l’Union européenne depuis 2004, qui exerce son autorité sur les deux tiers sud de l’île.

Après des forages réalisés au large de Chypre-Nord, le renvoi cette semaine d’un navire turc d’exploration dans des eaux revendiquées par la Grèce a réveillé la discorde et a entraîné une condamnation par les dirigeants de l’UE des “provocations” de la Turquie.

Social-démocrate de 72 ans, Mustafa Akinci défend la réunification de Chypre sous la forme d’un État fédéral et n’a jamais caché son intention de desserrer les liens avec Ankara. Ersin Tatar, 60 ans, défend lui une solution à deux États.

L’emprise d’Ankara

Mais afficher une position indépendante d’Ankara est difficile tant la RTCN est sous emprise économique turque depuis sa création en 1983. Et en temps de crise économique, amplifiée par la pandémie de Covid-19, la stratégie de Mustafa Akinci n’a pas payé.

Chypre a obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1960 mais les troupes turques ont envahi le nord de l’île en 1974 en réaction à un coup d’État visant à rattacher l’île à la Grèce.

Avec son élection en 2015, Mustafa Akinci avait ravivé l’espoir d’un accord de paix mais les dernières négociations officielles ont échoué en 2017.

“Nous ne pouvons rien faire sans la Turquie, l’histoire a montré que les Chypriotes-grecs n’accepteront jamais que nous soyons égaux dans la République”, relevait Dilek Ertug, agente immobilière de 60 ans, avant les résultats.

Des Chypriotes-grecs s’étaient rassemblés samedi près de la zone tampon pour réclamer le retour des territoires du nord, affirmant que Chypre était “grecque”. Condamnant les “interventions” de la Turquie, le frère de Dilek Ertug, Asaf Senol, retraité de 64 ans, s’était dit pro-fédéralisme, illustrant les divisions au sein même des familles chypriotes-turcs.

Avec AFP

   

                  

  


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