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Angela Merkel à Washington pour des adieux au goût d'inachevé

Le président américain Joe Biden accueille jeudi la chancelière allemande Angela Merkel à la Maison Blanche, les deux pays espérant reconstruire une relation fortement détériorée sous l’ancien président Donald Trump, avant la fin du mandat de la chancelière en septembre.

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Des adieux au goût d’inachevé : Joe Biden reçoit Angela Merkel, jeudi 15 juillet, dans un climat franchement apaisé entre les deux pays, même si Washington n’a pas réussi jusqu’ici à convaincre Berlin d’adopter un ton plus ferme face à la Russie et à la Chine.

La chancelière allemande a d’abord été reçue dans la matinée pour un petit-déjeuner de travail par la vice-présidente Kamala Harris, qui a salué en l’accueillant sa “carrière extraordinaire”.

Angela Merkel s’est elle dite “enchantée de rencontrer la première vice-présidente” de l’histoire des États-Unis.


Il s’agit “d’une visite tournée vers l’avenir”, a assuré un haut responsable de l’administration américaine, alors que la chancelière allemande va quitter la chancellerie après des élections législatives en septembre.

La dirigeante conservatrice, au pouvoir depuis novembre 2005, a vu se succéder quatre présidents américains : George W. Bush, Barack Obama, Donald Trump et, pour quelques mois, Joe Biden.

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Elle a même parfois été qualifiée, pendant le tumultueux mandat Trump, de “leader du monde libre”, terme généralement réservé au locataire de la Maison Blanche.

Geste d’apaisement de Joe Biden sur le gazoduc Nord Stream 2

Angela Merkel sera reçue à 14 h locales (18 h GMT) par Joe Biden, pour un peu plus de deux heures d’entretien. Les deux dirigeants donneront une conférence de presse commune et Angela Merkel sera ensuite conviée à dîner, en compagnie de son époux Joachim Sauer, par Joe et Jill Biden.

L’Allemagne a récemment été qualifiée de “meilleur ami” des États-Unis par le secrétaire d’État américain Antony Blinken, et les relations se sont radicalement améliorées depuis le changement d’administration à Washington.

Joe Biden a en particulier enterré un projet de son prédécesseur qui avait profondément choqué l’Allemagne. Donald Trump, qui pendant sa présidence a multiplié les attaques personnelles contre Angela Merkel, avait décidé le retrait d’un tiers des troupes américaines dans le pays.

>> À voir : Enquête sur Nord Stream 2, le gazoduc de la discorde

Mais tout n’est pas rose entre Washington et Berlin, et la chancelière laisse ouverts un certain nombre de dossiers délicats. Le plus gros contentieux étant le gazoduc Nord Stream 2, qui relie la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique sans passer par l’Ukraine. Il est soutenu par Berlin, mais très critiqué à Washington et en Europe de l’Est.

Le président Joe Biden “va faire part de sa préoccupation” à la chancelière et insister sur le développement “de mécanismes pour que l’énergie ne soit pas utilisée contre l’Ukraine”, selon le haut responsable de son administration. Mais cette même source “n’attend pas d’annonce” jeudi.

Dans un geste d’apaisement, l’administration Biden avait décidé de ne pas sanctionner les acteurs principaux de Nord Stream 2, ce qui “nous donne une marge de manœuvre diplomatique” pour discuter avec Berlin, selon la source américaine.

Convaincre Berlin d’adopter une ligne dure avec Moscou et Pékin

De manière générale, Joe Biden “a besoin qu’Angela Merkel et surtout son successeur aient une attitude moins bancale face à la Russie et à la Chine”, selon Sudha David-Wilp, du German Marshall Fund, un centre d’études des relations transatlantiques.

Washington aimerait que la première économie européenne, si soucieuse de ses opulentes exportations, mette en sourdine ses intérêts commerciaux au profit d’une attitude diplomatique plus agressive.

Or, Angela Merkel est, avant tout, une adepte du consensus. Elle a tenté d’organiser un sommet européen avec Vladimir Poutine, avant de renoncer devant l’opposition de plusieurs membres de l’Union européenne.

>> À lire : L’étrange projet d’un sommet entre la Russie et l’Union européenne

La chancelière milite aussi pour un accord d’investissements entre l’UE et la Chine, là où Washington voudrait convaincre les Européens d’adopter sa ligne dure face à Pékin.

Rien ne dit que le candidat conservateur Armin Laschet, grand favori de l’élection de septembre, adoptera une ligne différente s’il devient chancelier.

“L’hostilité ouverte de Trump a forcé l’Allemagne à s’interroger sur les aspects malsains de sa dépendance aux Américains. (Joe) Biden, au contraire, veut traiter les Allemands comme un réel partenaire”, écrivait récemment Constanze Stelzenmüller, chercheuse à la Brookings Institution, dans le Financial Times. “C’est, semble-t-il, presque trop leur demander.”

Avec AFP


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