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Faux, cette photo ne montre pas une piqûre de moustique causant une infection mortelle

Depuis le 20 juin, la photo d’une piqûre d’insecte sur un genou rouge et enflé est massivement partagée sur les réseaux sociaux. Selon la légende associée, ce serait la jambe d’une nommée Deanna, qui aurait été piquée la veille par un nouveau type de moustique et aurait pu mourir d’une infection grave. La photo date en réalité de 2017 et aucun risque mortel n’a été évoqué à l’époque.

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Circulant sur Facebook depuis une quinzaine de jours avec la même légende, cette photo a été partagée plusieurs milliers de fois dans de nombreuses publications, jusqu’à 500 000 fois dans celle-ci. Sur son genou, on peut voir une zone présentant une inflammation, entourée au feutre noir. C’est toujours le même récit : une jeune fille, Deanna, aurait été emmenée aux urgences le lendemain d’une “nouvelle sorte de piqûre de moustique”, qui lui aurait causé une grave infection.

Un détail est particulièrement marquant, et explique la viralité de la photo : “Si ils avaient attendu un peu plus longtemps, l’affection aurait atteint son sang et causé sa mort…” (sic). Des phrases comme “Prenez 3 secondes pour partager, vous pouvez sauver une vie…” ou “Urgent, à faire circuler” accompagnent le texte.

Une histoire datant de 2017, aux États-Unis, pas en France

Mais contrairement à ce que laissent penser les partages et commentaires, cette photo n’est pas récente, comme l’explique l’équipe de fact-checking de 20 Minutes. Après une rapide recherche d’image inversée (vous pouvez retrouver l’explication ici), on tombe sur un post Facebook en anglais ainsi qu’un article publié aux États-Unis en 2017, avec la photo de la jambe, et racontant la même histoire que les publications françaises.

Une recherche sur Facebook conduit à la première diffusion de cette photo : le 16 mars 2017, Sonia Giudenian, une mère américaine, voulait mettre en garde ses proches dans une publication sur le réseau social après ce qui était arrivé à sa fille à la suite d’une piqûre de moustique. Elle raconte en anglais la même histoire que celle des publications françaises, à un détail près : elle ne parle à aucun moment d’un risque mortel si l’infection de sa fille était passée dans son sang.

En anglais, elle explique ainsi : “Je l’ai donc emmenée aux urgences où nous avons découvert qu’il y avait un nouveau type de piqûre de moustique qui cause une infection. Si nous avions attendu plus longtemps, cela aurait été dans son sang.”

La publication de Sonia Giudenian il y a quatre ans, moins sensationnaliste que ses échos français récents, a été partagée plus de trois millions de fois. Elle visait à alerter ses amis et d’autres mères de ce qui lui était arrivé, pour qu’à l’avenir, les piqûres de moustiques devenant “enflées ou rouges” ne soient pas prises à la légère et ignorées. Dans les commentaires, on peut lire que sa fille, sous antibiotique pendant dix jours après être allée aux urgences, se “porte bien”.

“Il n’y a actuellement pas d’agent infectieux nouveau qui menace la France ou l’Europe et qui pourrait être mortel”

Pour en savoir plus, nous avons montré ces publications Facebook et la photo qui les accompagne au professeur Olivier Bouchaud, chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Avicenne de Bobigny. Selon lui, il n’existe pas à ce jour de nouveaux moustiques ou insectes en France, ni de nouvelles piqûres, ni de nouvel agent infectieux transmettant une nouvelle maladie.

“S’il y a un danger potentiel nouveau, ça pourrait être lié à l’émergence d’un agent infectieux nouveau, transmis par un vecteur, mais ça n’est qu’exceptionnellement lié à un nouveau vecteur [comme le serait un “nouveau type de moustique”, NDLR]. Il n’y a actuellement pas d’agent infectieux nouveau qui menace la France ou l’Europe et qui pourrait être mortel.

Quant à la photo en question, difficile de poser un diagnostic, sans détails sur l’événement ni contexte scientifique précis. Le récit que fait Sonia Giudenian et la photo peuvent correspondre à plusieurs options, selon le professeur Bouchaud. Si les symptômes restent locaux, pas de raison de s’inquiéter d’un risque “mortel” selon le médecin infectiologue.

“Ça peut être une maladie de Lyme, ou n’importe quelle piqûre d’insecte, notamment d’araignée, qui peuvent donner des réactions inflammatoires allergiques et des œdèmes importants. Ça peut être ce qu’on appelle une cellulite, et certaines formes qui sont des cellulites infectieuses liées à une infection très banale qui s’appelle un streptocoque ; et une dermohypodermite, c’est tout simplement une inflammation cutanée et sous-cutanée, ce qui en pratique ne veut pas dire grand chose.

Cette photo-là semble faire référence à un problème très local. De manière générale, il faut s’inquiéter s’il y a de la fièvre élevée, et surtout si ça s’accompagne de signes généraux, notamment des signes neurologiques : soit des signes neurologiques locaux, par exemple une paralysie faciale ou d’un nerf, ou plutôt des signes neurologiques non focalisés sur un endroit spécifique, comme des troubles de la conscience. Quand il y a de la fièvre élevée et ces signes d’endormissement, de ralentissement, de troubles intellectuels, de troubles de l’attention, ça fait penser à de l’encéphalite, donc qui peut toucher l’encéphale. Mais des encéphalites en conséquence d’une piqûre de moustique, en France, cela reste vraiment exceptionnel.”

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