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En Israël, la coalition anti-Netanyahu désormais à l’épreuve du Parlement

Après de difficiles tractations, le chef de l’opposition israélienne Yaïr Lapid a réussi le pari de former un gouvernement de coalition. Il lui faut désormais obtenir la confiance du Parlement lors d’un vote, pour tourner la page sur plus d’une décennie de pouvoir de Benjamin Netanyahu.

L’avenir de la coalition anti-Netanyahu soumis au vote de la Knesset. Alors que le chef de l’opposition israélienne Yaïr Lapid a réussi à arracher in extremis, mercredi 2 juin, un accord politique pour la formation d’un gouvernement d’alliance, cette coalition doit maintenant obtenir la confiance du Parlement lors d’un vote qui devrait se tenir dans les prochains jours.

Le centriste Yaïr Lapid, chef de l’opposition et rival de Benjamin Netanyahu, avait jusqu’à minuit moins une mercredi soir pour signifier au président, Reuven Rivlin, qu’il avait réuni une majorité de 61 députés, sur les 120 au Parlement, et était parvenu à un accord sur un gouvernement de “changement”.

Les tractations ayant conduit à l’accord ont duré plusieurs jours et la nouvelle n’est tombée qu’à 23 h 25 locales mercredi, peu avant l’heure limite : Yaïr Lapid a informé le président qu’il avait “réussi à former un gouvernement”. “Le spectre d’un cinquième scrutin était quelque chose qu’aucun Israélien rationnel ne pouvait espérer”, souligne le Jerusalem Post dans un éditorial paru dans la nuit de mercredi à jeudi, tout en prévenant que, au vu des “idéologies et philosophies disparates (qui composent la coalition), la partie difficile ne fait que commencer”.

Naftali Bennett (à gauche), ancien ministre israélien de l'Éducation, ici à Jérusalem le 14 mai 2018, et le leader du parti centriste Yesh Atid, Yaïr Lapid (à droite), ici à Tel Aviv le 24 mars 2021.
Naftali Bennett (à gauche), ancien ministre israélien de l’Éducation, ici à Jérusalem le 14 mai 2018, et le leader du parti centriste Yesh Atid, Yaïr Lapid (à droite), ici à Tel Aviv le 24 mars 2021. © Ammar Awad/Amir Cohen, Reuters

“Le gouvernement nouveau-né a le potentiel de réparer la méfiance et l’animosité, guérir les fractures entre les différentes communautés et nous conduire vers un chemin moins chaotique et plus stable”, veut toutefois croire le quotidien israélien. La réunion du Parlement pour le vote de confiance pourrait intervenir la semaine prochaine, à une date encore inconnue.

Ces derniers jours, la presse israélienne a affirmé que le président de la Knesset, Yariv Levin (Likoud), pourrait être tenté de faire traîner de quelques jours supplémentaires l’organisation du vote, espérant dans cet intervalle des défections dans le camp anti-Netanyahu. Car en face Benjamin Netanyahu, son parti de droite, le Likoud, et ses avocats sont à la manœuvre pour tenter d’empêcher qu’un tel accord ait l’approbation de la Knesset.

En finir avec la crise politique  

Si Yaïr Lapid obtient le feu vert du Parlement, il pourrait mettre un terme à plus de deux ans de crise politique en Israël, avec à la clé quatre élections n’ayant pas jusque-là débouché sur un gouvernement stable. Son équipe a diffusé une image de la signature de l’accord de coalition conclu par les chefs de huit partis – deux de gauche, deux de centre, trois de droite et un arabe – et qui pourrait marquer un tournant dans l’histoire politique d’Israël.

La dernière fois qu’un parti arabe israélien avait soutenu – sans toutefois y participer – un gouvernement remonte à 1992 à l’époque du “gouvernement de la paix” de Yitzhak Rabin. Cette fois, la formation arabe islamiste Raam, dirigée par Mansour Abbas, a signé l’accord sans indiquer à ce stade si elle participerait activement au gouvernement.

“Ce gouvernement sera au service de tous les citoyens d’Israël incluant ceux qui n’en sont pas membres, respectera ceux qui s’y opposent, et fera tout ce qui est en son pouvoir pour unir les différentes composantes de la société israélienne”, a assuré Yaïr Lapid au président.

“Je vous félicite, vous et les chefs de partis, pour cet accord de gouvernement. Nous nous attendons à ce que le Parlement se réunisse le plus tôt possible pour ratifier ce gouvernement”, a répondu le président Rivlin. Benny Gantz, le ministre de la Défense et ex-concurrent de Benjamin Netanyahu pour la tête du gouvernement, en route pour Washington où il doit discuter du dossier iranien, a salué de son côté sur Twitter une “nuit de grand espoir”.

Coalition hétéroclite 

Yaïr Lapid avait été chargé début mai par le président de former un gouvernement après l’échec de Benjamin Netanyahu à rallier un gouvernement de droite au terme des élections de mars, les quatrièmes en deux ans. Les efforts de Yaïr Lapid étaient passés sous les radars après des violences entre manifestants palestiniens et policiers israéliens à Jérusalem-Est et dans des villes judéo-arabes d’Israël, et la guerre de 11 jours entre l’armée israélienne et le mouvement islamiste palestinien Hamas au pouvoir à Gaza.

Mais après cette escalade, les pourparlers ont repris et Yaïr Lapid a réussi à convaincre lundi le chef de la droite radicale Naftali Bennett de se lancer dans ce projet de gouvernement avec à la clé un partage du pouvoir et une rotation à la tête du gouvernement.

Statu quo dans le conflit avec les Palestiniens, relance économique, place de la religion : tout divise sur le papier la coalition hétéroclite en dehors de sa volonté de faire tomber Benjamin Netanyahu, arrivé au pouvoir il y a 25 ans, de 1996 à 1999, puis reconduit à son poste en 2009, devenant le Premier ministre le plus longtemps resté en fonctions.

Jugé pour “corruption” dans trois affaires, Benjamin Netanyahu est le premier chef de gouvernement israélien à faire face à des poursuites pénales en cours de mandat. Il devrait redevenir simple député et ne pourra plus user de son influence pour tenter de faire passer une loi pour le protéger de ses ennuis judiciaires.


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