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Mauritanie : à Nouakchott, trois jours entiers sans eau du robinet en pleine canicule

Les habitants de la capitale mauritanienne, Nouakchott, se sont réveillés le 8 septembre sans une goutte d’eau au robinet. La coupure serait due à une panne électrique dans la station qui alimente la capitale en eau. Selon notre Observateur, la plupart des habitants de la capitale ont dû, pendant trois jours, aller chercher l’eau un peu partout, jusque dans les fontaines des places publiques, alors que les prix de l’eau minérale s’envolaient. De nombreux Mauritaniens dénoncent la défaillance totale du système de distribution des eaux.

À l’origine de cette coupure, une panne du câble électrique qui alimente la station de traitement et de distribution d’eau potable d’Aftout Assahili, située à 200 kilomètres de Nouakchott, et qui alimente les trois réservoirs dédiés à la capitale.

Sur les réseaux sociaux, les internautes mauritaniens ont lancé un hashtag  #ندور_نشرب (je cherche à boire en français ) pour dénoncer l’incapacité des autorités de réparer la panne rapidement, et dénoncer leurs difficultés à trouver de l’eau. 

Dans cette vidéo publiée le 11 septembre sur Facebook, on voit des habitants se regrouper autour d’une fontaine dans le carrefour de Oueld Ommah, en plein centre de la capitale, pour remplir des bidons d’eau sale.

“Des citoyens assoiffés face à la rareté d’eau, en train de remplir des bidons depuis les fontaines des carrefours. Cette scène ne se déroule pas dans des villages ou des villes lointaines, c’est en plein cœur d’une capitale de pas moins de 60 ans, c’est écœurant…”, écrit cet internaute sur cette vidéo.
 

“Même pour se laver, l’utilisation de ces eaux est dangereuse”

Contactée, la nutritionniste et activiste Arbia Sid Ibrahim confirme être choquée devant ces images :
 

C’est écœurant de voir ces images, ces eaux polluées font courir des haut risques sanitaires : elles peuvent engendrer des maladies dangereuses tels que l’hépatite C et le choléra, et même pour se laver, l’utilisation de ces eaux est dangereuse, ça peut causer des maladies de peau liées à l’eau polluée, comme des éruptions cutanées ou la schistosomiase (bilharziose), si les eaux sont extrêmement polluées. 
Les barils dans lesquels on transporte l’eau peuvent eux aussi être à l’origine de problèmes sanitaires : il faut qu’ils soient stérilisés, et il ne faut pas les exposer à la chaleur. Cela peut sinon provoquer des maladies intestinales. Il y a eu des campagnes de sensibilisation de la part de la société civile sur le danger d’utilisation de l’eau polluée, j’ai confiance dans les efforts des associations, mais ça demeure insuffisant, dans un pays où les coupures d’eau sont récurrentes.

“On a dû aller chercher de l’eau un peu partout’”

Mouley Massoud vit dans la commune d’Arafat, en banlieue sud de Nouakchott. Selon lui, personne ne pensait que la panne durerait trois jours. 

Tous les habitants des neufs communes de la capitale se sont réveillés mardi 8 septembre avec une panne totale de l’eau du robinet. Les autorités locales ne nous ont pas prévenus. On n’a jamais cru que la panne allait durer aussi longtemps. Dans une chaleur caniculaire [il faisait jusqu’a 34 degrés à Nouakchott entre le 8 et le 10 septembre, NDLR] on a dû aller chercher de l’eau un peu partout. On s’est notamment dirigés vers les habitants qui avaient des citernes d’eau dans leurs maisons. Le prix d’un carton de 12 bouteilles d’eau a monté en flèche, passant de 900 à 1 300 Ouguiya [soit de 2,13 euros à 3,08 euros] au cours de ces trois jours. On n’est pas habitué à ce genre d’incident ici. L’eau du robinet est généralement disponible dans la capitale.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs habitants ont voulu alerter les autorités avec des images de leur souffrance.

‘’Des images des quartiers de Laakila, Lemghiti, Bouamatou, Tarhil Doubai, Essonna, on cherche de l’eau pour ces quartiers dont les habitants n’ont pas les moyens de se payer une bouteille d’eau”, lance cet internaute en demandant de l’aide pour les quartiers pauvres de la capitale.

“Il y a des enfants qui concourent pour attraper l’excellence et les premiers rangs, mais dans cette image, les enfants font la course pour avoir une goutte d’eau, les gens sont assoiffés, monsieur le président”, commente cet internaute sur cette photo publiée sur Facebook le 11 septembre.
“Vous vous rendez compte maintenant du rôle des associations caritatives ? Vous vous rendez compte de l’importance des campagnes de distribution d’eau potable dans la capitale ? Que dieu vienne en aide à nos frères dans les bidonvilles, qui souffrent énormément”, écrit cet internaute sur cette publication du 11 septembre, en hommage aux efforts de la société civile au cours de cette panne d’eau prolongée.
L’eau est finalement revenue progressivement dans quelques communes de la capitale à partir de jeudi 10 septembre à 16 heures. 
Quelle origine pour la coupure d’eau ? 
Le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement par intérim, Abdessalam Ould Mohamed Salah, a affirmé au cours d’une conférence de presse le 11 septembre 2020, que la panne était due à une défaillance au niveau du câble électrique de la station qui alimente la ville de Nouakchott en eau potable, en rasion des inondations qui ont touché le pays, comme d’autres en Afrique de l’Ouest, début septembre.Une explication démentie par l’OMVS (l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal), qui a nié l’existence d’une panne électrique sur le réseau d’acheminement de l’eau vers la Mauritanie.

Ce désaccord reflèterait, selon le site d’information indépendant mauritanien CREDIM, l’existence d’un conflit d’intérêt entre le ministère et la Société Nationale d’Eau autour d’un projet de 200 millions d’euros obtenus du Fonds arabe de développement économique et social (Fades) pour la sécurisation de l’alimentation en eau potable des villes de Nouakchott et Nouadhibbou. Selon le site d’information mauritanien lauthentic.info, il s’agirait des conséquences de la décision prise par Naha Mint Mouknass, l’ancienne ministre de l’Hydraulique, qui a confié ce projet à son cabinet, en lieu et place de la SNDE.

Le président mauritanien, Mohamed Ould Ghazaouani a, quant à lui, publié un tweet pour exprimer “ses regrets” au sujet de cet incident “indépendant de notre volonté”, et remercier les habitants de la capitale pour leur “compréhension”.

Aucune enquête n’a été ouverte pour vérifier les raisons effectives de cette coupure d’eau. 

Article rédigé par Omar Tiss


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